Historique

Jean Roullet
Jean Roullet, originaire du Dauphiné, épouse Laurence Françoise Midon, fille d´une famille parisienne de tapissiers et de marchands de meubles, en 1855. Le jeune couple s´implique sans doute dans l´affaire familiale avant que Jean Roullet ne s´établisse à son compte.

Outilleur de métier, il ouvre un atelier de découpe à façon et d´outillage 10 rue des Quatre Fils à Paris en 1865. A la demande de l´un de ses clients, il réalise le premier jouet mécanique de l´entreprise en appliquant les techniques de découpe et d´emboutissage permettant ainsi la fabrication en grande série de jouets à un coût réduit et contribue ainsi à leur démocratisation.
 
Jean Roullet
Le Petit Jardinier ainsi créé est devenu l´emblème de la Maison. Il apparaît sur la couverture du premier catalogue connu datant de 1878. Un exemplaire de ce jouet d´époque, aujourd´hui très rare, est conservé au musée de Souillac dans son état d´origine.
 
 
Jean Roullet
En 1873, l´entreprise déménage au 10 rue du Parc Royal à Paris, dans des locaux plus grands et mieux adaptés. Elle y restera durant les années les plus productives. Henriette Adrienne Roullet, leur fille, épouse en 1879 Henry Ernest Decamps, dit Ernest, alors contremaître de l´atelier. L´association entre Jean Roullet et son gendre, Ernest Decamps, ne prendra effet que dix ans après le mariage, en 1889.

L´entreprise devient la Maison Roullet-Decamps.

A cette époque, une cinquantaine d´employés travaillent dans les ateliers, exerçant les métiers, très variés, nécessaires à la fabrication des automates : ajusteurs, mécaniciens, sculpteurs, décorateurs, habilleuses, menuisiers, cartonniers.
Jean Roullet
A l´orée du 20ème siècle, les premiers automates électriques apparaissent, accompagnant les débuts de la distribution de l´électricité. A partir de 1901, Jean Roullet cesse son activité. Il décèdera en 1907. Sa fille et son gendre lui succèderont à la tête de l´entreprise.

A la mort d´Ernest Decamps en 1909, Henriette Decamps continue l´activité aidée par ses deux fils, Paul et Gaston, et par sa fille Gilberte.

L´entreprise se dénomme alors "Veuve Decamps et Fils".
 
Jean Roullet
Paul Decamps devint alors l´homme d´affaires de l´entreprise traitant les aspects commerciaux de l´activité bien qu´ayant reçu une formation artistique comme son frère aîné. Il décèdera en 1915, lors du premier conflit mondial.

Gaston Decamps, élève de l´Ecole supérieure des arts décoratifs et de l´Académie des beaux-arts, réglait les questions artistiques relatives à la fabrication. A la mort de son frère, il rachète peu à peu les parts de sa mère et de sa sœur et se retrouve seul à la tête de l´entreprise en 1922.

Gaston Decamps pour qui "les automates sont des sculptures animées" donnera un nouvel essor à sa production fondée sur la qualité et l´inventivité de son travail.
 
Jean Roullet
Automates en tous genres, animations de vitrines, jouets mécaniques, grandes vitrines de Noël pour les magasins les plus prestigieux de Paris, de Belgique et d´Angleterre font la renommée de la maison Decamps, reconnue alors comme l´une des plus créatives.

Ces succès s´accompagnent aux environs de 1925 de l´achat du stock de la Maison Phalibois et de la cession de ses ateliers par la Maison Théroude.
Jean Roullet
La Maison Decamps doit quitter les locaux de la rue du Parc Royal en 1963, le ministère de l´Education Nationale voulant récupérer l´emplacement. Avec les indemnités perçues, la Maison Decamps s´installe dans des locaux plus petits au 17-19 rue Amelot à Paris.

Elle y restera jusqu´à sa fermeture. Gaston Decamps décède en 1972, sa fille Cosette Decamps et son futur époux Georges Bellancourt reprennent l´entreprise.

George Bellancourt, ébéniste de formation, entre en résistance dans les maquis de Haute-Savoie durant la seconde guerre mondiale. A l´après-guerre, il se reconvertira dans la conception de machines outils spécifiques pour l´industrie, notamment pour l´Aluminium Français. Il rencontrera Cosette Decamps lors de fouilles archéologiques sous-marines en Corse pendant lesquelles il travaille aussi avec Jacques Cousteau au développement de détendeurs pour les bouteilles de plongée. Cosette Decamps et Georges Bellancourt se marieront en 1975. La concurrence internationale, notamment asiatique, pour la production de jouets automatiques et électroniques, fera que le couple Bellancourt centrera dès lors l´activité de l´entreprise vers la fabrication de pièces uniques et de grandes scènes animées. Ils collaborent à cet effet avec Salvador Dali et le joaillier Mauboussin.

L´entreprise Decamps fermera définitivement ses portes en 1995.

La production Roullet-Decamps

Une spécialité Roullet- Decamps : les jouets mécaniques.

Automates à musique
Jean Roullet
Le catalogue de l´entreprise daté de 1878, reproduit dans l´ouvrage "L´âge d´or des Automates" de Sharon et Christian Bailly, présente des animaux en tout genre : ours, chiens, chats, lapins, singes, animaux de ferme et du cirque... Quelques uns jouent du tambour ou d'un instrument à corde, boivent ou font des bulles de savon, d'autres marchent, sautent, culbutent; Fabriqués en très grand nombre, leur apparence et leurs mouvements sont très réalistes.

Certains sont aujourd'hui extrêmement rares comme la "Girafe marcheuse" ou le "Paon qui marche en faisant la roue". Chats, lapins et ours sont empaussés avec de la peau de lapin, d'autres sont gainés avec du cuir ou encore, comme le paon, couverts avec de vraies plumes de l'animal représenté. Ces jouets ne sont pas musicaux mais nombre d'entre eux reproduisent de façon très précise le cri de l'animal grâce à un accessoire appelé "cri" constitué d'une anche et d'un soufflet en papier. Cet accessoire est mis en action dès que l´automate entre en mouvement.

Les "cris" étaient importés d'Allemagne jusqu'à la Grande Guerre et ses restrictions commerciales.

L'entreprise, afin de maintenir la production des animaux mécaniques, a tenté de les fabriquer mais ses essais sont restés peu concluants.

La Maison Roullet-Decamps est très connue des collectionneurs pour son large éventail d'automates à musique aux thèmes et aux sujets très variés, pour la plupart vendus entre 1870 et 1910. Ainsi les scènes de la vie quotidienne, les jeux d´enfant, les arts du cirques trouvent naturellement leur place dans la production de l´époque.

Quand le marché des automates est devenu moins important, la Maison Decamps a continué son activité dans la restauration de ces automates pour des collectionneurs et des musées du monde entier.

Les mouvements à musique proviennent essentiellement de fabricants spécialisés. Ces mécanismes ont la particularité d'être dépourvus de ressort et de tout dispositif de régulation. Le mouvement musical accompagnant les mouvements d´un automate fonctionne grâce à une roue d'entraînement disposée à l´extrémité, plus rarement au milieu, du cylindre à picots codant la mélodie. Cette roue est entraînée par le moteur à ressort de l'automate doté d´une régulation et joue de la musique à la mise en marche de celui-ci.

Plus tard, Decamps a acheté des mouvements par la société Reuge à Sainte Croix en Suisse, mais les musiques entendues dans les automates les plus anciens ne portent souvent pas de marque de fabrique, seulement parfois l'inscription - Switzerland -.

Automates de vitrine

En Europe et aux Etats-Unis d'Amérique, les grandes scènes animées constituées d'automates électriques, parfois très complexes, étaient à la mode durant les premières décennies du XXème siècle.

Ces animations étaient en particulier exposées à Noël dans les vitrines des grands magasins parisiens : Galeries Lafayette, Au bon marché, La Samaritaine, Le Printemps; Elles drainaient des milliers de personnes et il était difficile de se frayer un chemin sur les trottoirs longeant ces magasins.

La maison Roullet-Decamps n'était pas la seule à fabriquer des vitrines animées, mais elle en était le précurseur. Elle était reconnue pour la qualité des automates et l'ingéniosité des mécanismes orchestrant leur chorégraphie.

Les scènes animées avaient pour thème des modes ou de grands évènements du XXème siècle. Une des plus célèbres fût "L'arrivée de l'Amiral Peary au Pôle Nord". Gaston Decamps en proposa l'idée au magasin "Bon Marché" en 1909.

 
Batteur
Peu de ces grandes scènes ont survécues. La plupart ont été démontées et détruites, les éléments récupérés servant à la construction d´autres automates.

Le musée de Souillac dispose heureusement de quelques scènes qui ont été épargnées.

Une des plus impressionnantes est à voir à l'entrée du musée. Elle représente un Jazz Band, trio de noirs américains jouant respectivement de la batterie, du piano et du violon. Ces automates furent créés vers 1920 par Gaston Decamps. Le mouvement du trio est accompagné par une musique enregistrée, mais l´expression et la façon de bouger de chacun des personnages sont si proches de la réalité qu'ils paraissent vivants. Cette ëuvre témoigne non seulement du génie de Gaston Decamps et de la qualité du travail de ses ateliers, mais aussi de la popularité du Jazz Afro-américain dans les années 20 à Paris.
 

Une autre scène remarquable est "La scène du métro" avec ses nombreux personnages caricaturaux. Elle raconte des anecdotes de la vie quotidienne : la rame du métro qui entre en station et manque d'écraser les oies échappées du panier de la paysanne bretonne attendant sur le quai, la dame qui essaie de récupérer la monnaie d'un distributeur automatique pour un enfant en larmes, le mécanicien qui verse allégrement l'huile de sa fiole sur le pied d'un passager

En plus des scènes animées, certains automates ont été conçus pour la promotion d'une marque ou encore d´un service spécifique.

Pour attirer l'attention du passant le fabricant joue sur le mouvement, l´intégration d'effets lumineux et le bruit en créant par exemple des automates "frappeurs", qui avec une canne ou leur pied tapent contre la vitrine. Le musée de Souillac en expose quelques exemples. L'un d'eux représente Charlie Chaplin souriant, soutenu par un lampadaire animé et frappant régulièrement contre la vitre avec son pied droit.

 
Batteur
Encore une fois, la maison Roullet-Decamps n'était pas la seule à fabriquer des automates publicitaires. A titre d´exemple, Un automate publicitaire attribué à la maison Phalibois est exposé : "La lampe Z". L´automate démontre en tapant énergiquement sur l'ampoule allumée qu'il tient dans la main droite que le filament métallique à l´intérieur de l´ampoule est plus solide qu´il n´y paraît. Un texte inscrit sur un panneau pivotant vient à l´appuis de la démonstration.

Après le décès de Gaston Decamps, Cosette et Georges Bellancourt continuèrent la fabrication de scènes animées et d´automates électriques. Quelques unes de ces scènes sont exposées au musée "Automates Avenue" à Falaise dans le Calvados.

Aujourd'hui, les automates des grands magasins ont quasiment disparus laissant la place à des marionnettes automatisées et animées à l'aide de fils ou encore à des mimes vivants évoluant dans les vitrines. Cependant quelques automates électriques contribuent encore à l´émerveillement des passants notamment à l´approche des fêtes de fin d´années.