La fabrication des automates

Bien qu'au fil des années de l´activité de la Maison Roullet-Decamps les types d'automates changent, les techniques et matériaux employés à leur élaboration restèrent quasiment inchangés.

Les têtes

Jean Roullet
Les têtes des automates mécaniques sont souvent en biscuit. Leur achat chez les grands fabricants de poupées comme Jumeau, ou plus tard la Société Française de Bébés et Jouets faisait l'objet de commandes spéciales.

Normalement, le cou doit présenter un cylindre droit et ouvert. Cette forme particulière est nécessaire pour le hochement et la rotation de la tête ainsi que pour le passage des tirages des animations applicables : le mouvement de la langue, des lèvres, des yeux ou des sourcils. Dans les automates d'une facture plus récente, les têtes employées sont souvent des véritables têtes de poupée avec le cou en forme de sphère.

Pour les automates avec des têtes plus caractérisées ou avec des jeux de physionomie plus complexes, le choix de matériaux se porte plutôt sur le staff ou le cartonnage. Leur fabrication permet de les considérer comme de véritables pièces uniques. L'originalité de ces têtes est bien plus grande que celles en biscuit fabriquées pour ainsi dire à la chaîne.

Le cartonnage et, plus rarement le staff, sont également employés pour le corps des automates.

Le cartonnage

Jean Roullet
Cette technique nécessite de nombreuses étapes de travail, la connaissance des papiers employés et celle de leur application, mais elle permet d'obtenir un matériau léger et très solide.

Pour fabriquer une tête ou un corps en cartonnage, la figure est d'abord sculptée en terre glaise et surdimensionnée pour tenir compte du retrait du cartonnage final lors du séchage. Il faut surmouler le premier modèle en glaise avec du plâtre pour obtenir un premier moule. La terre est ensuite retirée et remplacée par du plâtre coulé dans la cavité obtenue. Le moule extérieur est cassé et le modèle se présente maintenant sous forme d'une sculpture en plâtre massif. Elle est alors mécaniquement affinée avec l´outil adéquat et devient ainsi le vrai modèle de la forme désirée : la bosse en langage d'atelier.
Jean Roullet
La prochaine et la plus précise des étapes est la fabrication du moule définitif. Il est doté de chapes et de clefs qui permettent de positionner les morceaux du moule. Ces morceaux sont multiples à cause des contre-dépouilles.

Après sa préparation, le papier est appliqué en fines couches avec une colle à base d'amidon : c´est le papinage. Des couches de différentes couleurs aident à contrôler l'uniformité de l´épaisseur du moulage. La connaissance de cette technique par le cartonnier est essentielle pour obtenir un moulage avec un rétrécissement contrôlé et sans déformation au séchage. Une fois sec, le moulage reçoit les éléments mécaniques : platines de fixation des éléments mécaniques fixés directement à l'aide de fils de fer ou encore collés avec des morceaux de tissus.
 
Jean Roullet
Après la décoration des parties visibles de l'automate fini, le plus souvent les mains et le visage, le cartonnage est monté sur son socle et habillé. Concernant les représentations animales, il n´est pas question d´habillage mais d´empaussage afin de camoufler le carton. c La maison Roullet-Decamps utilisait le cartonnage pour les animaux mécaniques, automates mécaniques et électriques, ainsi que les grandes scènes animées. Le savoir-faire des cartonnages traditionnels a aujourd'hui pratiquement disparu.

Le staff

La fabrication de pièces en staff nécessite des moules plus complexes et plus chers pour un nombre de tirages limités.

Cependant, l'augmentation de la demande pour certains modèles a amené les fabricants à faire des têtes en staff car leur moulage est plus rapide et plus constant dans leurs dimensions. Cette technique offre une plus grande fidélité dans la reproduction des détails du modèle.

Le staff est fabriqué en versant par un mouvement très précis une fine couche de plâtre gâché dans le moule, et en enlevant minutieusement l'excédent. Le moule est ouvert immédiatement et des morceaux de gaze sont déposés sur toute la surface, formant ainsi une armature sur laquelle le staffeur applique à nouveau du plâtre liquide. A l´image de l´émaillage par trempage, du geste du staffeur dépend l'uniformité de l´épaisseur de la pièce.

Le staffeur alterne ainsi les étapes jusqu'à l'obtention de l'épaisseur désirée. Apres séchage, ce moulage est très solide et léger.

D'après : - L'âge d'or des Automates : Christian Bailly Edition Scala - K.Lorenz et D.Day dans la revue de l'AIMM